Comment éviter que votre imprimeur refuse le fichier

Première règle, et elle ne souffre pas d’exception : ce qui part chez l’imprimeur est un PDF. Pas un JPG, pas un fichier Word, pas un .ai, pas un lien de partage vers une maquette en ligne.

Un fichier peut être magnifique à l’écran et catastrophique une fois sorti de presse. Liserés blancs sur les bords, bleus qui virent au violet, texte flou, police remplacée au hasard… Dans le meilleur des cas, l’imprimeur repère le problème et rappelle. Dans le pire, le carton de 5 000 flyers arrive et il faut tout refaire (c’était pas des flyers mais ça m’est arrivé… au tout début…)

Ce qui suit ne demande aucune compétence particulière. Juste de la méthode, et un quart d’heure avant d’envoyer.

Un PDF, et pas n’importe lequel

Première règle, et elle ne souffre pas d’exception : ce qui part chez l’imprimeur est un PDF. Pas un JPG, pas un fichier Word, pas un .ai, pas un lien de partage vers une maquette en ligne.

Et pas n’importe quel PDF. Les normes de production s’appellent PDF/X-1a et PDF/X-4, deux standards ISO conçus pour l’imprimerie. Ils garantissent que le fichier embarque tout ce dont la presse a besoin : profils colorimétriques, polices, résolution. Le PDF/X-4 gère les transparences, ce qui évite les mauvaises surprises sur les ombres portées et les dégradés.

Lequel choisir ? Celui que votre imprimeur demande. Un coup de fil ou un mail avant l’export règle la question en deux minutes, et ça évite de repartir à zéro.

La couleur, ou l’art de sortir du RVB à temps

Les écrans travaillent en RVB, les presses en CMJN. Un fichier envoyé en RVB sera converti automatiquement, et cette conversion se fait sans vous. Les bleus saturés partent vers le violet, les verts éclatants s’affadissent, les fluos disparaissent purement et simplement.

La bonne pratique consiste à travailler en CMJN dès le départ, avec le bon profil ICC. En Europe, sur papier couché, on utilise historiquement le Coated FOGRA39 (ISO Coated v2), et de plus en plus le PSO Coated v3 (FOGRA51). Sur papier non couché, le profil change encore. Là aussi, l’imprimeur sait, et beaucoup mettent leurs profils en téléchargement sur leur site.

Reste le taux d’encrage, ce paramètre que personne ne regarde. Il correspond à la somme des quatre encres sur la zone la plus chargée. Au-delà de 300 % sur couché (280 % sur non couché, parfois moins), le papier n’absorbe plus et l’encre macule sur la feuille suivante. Les noirs profonds fabriqués à la va-vite sont les premiers coupables.

Petite précision qui sauve beaucoup de documents : un texte noir se compose en noir pur, à 100 % de noir et zéro sur les autres encres. Un noir riche sur du corps 9 produit un texte légèrement flou, parce que les quatre encres ne se superposent jamais parfaitement.

Fonds perdus et zone de sécurité

Les massicots ne coupent pas au micron près. Il faut donc leur donner de la marge des deux côtés.

Le fond perdu, c’est la matière qui déborde du format final, entre 3 et 5 mm selon les imprimeurs. Dès qu’un aplat, une photo ou une couleur touche le bord de la page, il doit se prolonger dans cette zone. Sans ça, la moindre dérive de coupe laisse un liseré blanc sur la tranche.

La zone de sécurité fonctionne à l’inverse. C’est une marge intérieure de 3 à 5 mm dans laquelle on ne place ni texte, ni logo, ni élément important. Un numéro de téléphone calé à 2 mm du bord finira coupé sur une partie du tirage.

Les traits de coupe s’activent à l’export, à l’extérieur du fond perdu. J’avais abordé la question de la marge sous un autre angle dans les principes d’une mise en page efficace, et le raisonnement se rejoint : ce qui respire tient mieux, à l’écran comme sous presse.

Images, polices, finitions

La résolution se mesure à l’échelle finale, pas à celle du fichier source. Une image de 300 dpi (ou ppp pour les francophones) agrandie à 200 % tombe à 150 dpi. Pour un support vu de près, la référence reste 300 dpi. Sur du grand format lu à trois mètres, 100 à 150 dpi suffisent largement et allègent le fichier.

Les polices doivent être incorporées au PDF ou vectorisées. C’est l’un des motifs de rejet les plus fréquents chez les imprimeurs, et le plus facile à éviter : une case à cocher dans InDesign, une commande dans Illustrator.

Quant aux finitions, elles se gèrent à part. Un vernis sélectif, une dorure à chaud ou une découpe à la forme se placent sur un calque dédié, en ton direct, en surimpression, parfaitement superposable au fichier d’impression. Beaucoup de guides d’imprimeurs détaillent la marche à suivre, et celui de JF Impression fait partie des plus complets côté français.

Le réflexe qui règle tout le reste

Chaque imprimeur a ses préférences, ses profils, ses gabarits. Demander la fiche technique avant de commencer la mise en page fait gagner plus de temps que n’importe quelle check-list générale.

Ensuite vient le BAT, ce bon à tirer que trop de gens signent en diagonale. C’est le dernier moment où une correction ne coûte rien. Après, elle coûte un tirage.

Et si tout ça vous semble une couche de complexité en trop, c’est aussi une raison de confier la mise en page à quelqu’un dont c’est le métier. Le prépresse fait partie du travail, pas des options.

Au fond, la vraie question à se poser avant d’envoyer un fichier n’est pas de savoir s’il est beau. C’est de savoir si quelqu’un d’autre pourrait l’ouvrir et le produire sans vous appeler ?!