Une vieille étiquette de vin, une enseigne de commerce, un en-tête de courrier des années 30. Ces supports portent souvent un lettrage dessiné à la main, propre à la maison, et qui n’existe nulle part ailleurs. Le jour où il faut refaire un packaging ou un site, personne ne sait le reproduire. Alors on prend une police du commerce qui ressemble à peu près, et la marque perd ce qui la rendait reconnaissable.
La numérisation de typographie sert exactement à ça : reconstruire ce lettrage en fonte utilisable, pour que vous puissiez le taper au clavier au lieu de le redessiner à chaque fois.
À qui ça sert vraiment
Les châteaux et les propriétés viticoles arrivent en tête, parce qu’ils ont des archives et des étiquettes anciennes qui font partie de leur valeur. Viennent ensuite les commerces historiques, les musées et les institutions patrimoniales, les collectivités qui veulent une signalétique cohérente avec un bâti ancien, et les marques qui possèdent un logotype dessiné à la main sans jamais avoir eu la police qui va avec.
Le point commun, c’est toujours le même : le dessin existe, mais seulement en image. Il faut le rendre exploitable.
J’ai notamment travaillé, en agence, sur la numérisation des lettres du Grand Bar Castan, à Bordeaux. Un établissement ouvert en 1890 sur le quai de la Douane, dont le décor de 1900 et les intérieurs figurent parmi les plus caractéristiques de la ville.
Comment se passe une numérisation
Tout part de l’échantillon que vous fournissez. Plus il est net et grand, plus le résultat sera fidèle. Une photo de l’enseigne prise de face vaut mieux qu’un scan d’une photocopie.
Vient ensuite la numérisation en haute résolution, puis le seuillage, ce moment où l’on décide précisément ce qui appartient à la lettre et ce qui appartient au fond. C’est là que se joue une bonne part de la qualité finale, notamment sur les papiers jaunis ou les surfaces texturées. Les lettres sont ensuite séparées une à une, nettoyées de leurs accidents parasites, puis vectorisées pour transformer les pixels en contours.
Reste la partie la plus intéressante : reconstruire ce qui manque. Je travaille avec Fontself sur Illustrator et avec Glyphs sur macOS, selon le niveau de finition attendu. C’est à ce stade que se règlent les espacements et le crénage, c’est-à-dire la façon dont chaque paire de lettres se comporte quand elles se retrouvent côte à côte.
Ce qu’un échantillon permet, et ce qu’il ne permet pas
Autant le dire franchement, parce que c’est le point que l’on découvre trop tard. Une étiquette de vin vous donne rarement plus d’une trentaine de signes. Une enseigne, parfois huit lettres. Une police complète, avec ses capitales, ses bas de casse, ses chiffres, ses accents et sa ponctuation, en réclame plusieurs centaines.
Les caractères absents ne sortent pas de nulle part. Ils se dessinent par déduction, en observant comment l’auteur d’origine traitait ses pleins, ses déliés, ses terminaisons et ses proportions, puis en appliquant la même logique aux signes manquants. C’est un travail d’interprétation raisonnée, et c’est ce qui distingue une vraie restitution d’un décalque approximatif.
Concrètement, on définit ensemble le jeu de caractères dont vous avez réellement besoin. Un logo et deux ou trois mots d’accroche ne demandent pas le même périmètre qu’une signalétique complète ou qu’un site web.
La question des droits, à poser avant de commencer
En France, une police de caractères n’est pas un bien libre. Elle est protégée au titre des œuvres graphiques et typographiques par l’article L112-2 du Code de la propriété intellectuelle, et elle relève aussi du droit des dessins et modèles, qui inclut expressément les caractères typographiques à son article L511-1. La reproduction sans autorisation constitue une contrefaçon, sanctionnée par les articles L335-2 et L335-3. Un fichier de fonte bénéficie en plus de la protection accordée aux logiciels.
Autrement dit, on ne vectorise pas une typographie du commerce parce qu’elle plaît. En revanche, un lettrage issu de vos propres archives, une enseigne dont vous êtes propriétaire ou un dessin tombé en désuétude depuis longtemps relèvent d’une situation différente. C’est la première chose que nous regardons ensemble, avant même de parler de production. Ça évite de construire un actif de marque sur un terrain instable.
Livraison et tarif
La livraison se fait en OTF et en TTF, qui couvrent la bureautique, la mise en page et l’impression. D’autres formats sont possibles selon les usages, notamment pour le web. Les déclinaisons en plusieurs graisses, avec ou sans italiques, s’étudient au cas par cas.
La facturation se fait au jeu de caractères. Le devis dépend donc du périmètre retenu et de la qualité de l’échantillon de départ, pas d’un forfait décidé à l’avance. Envoyez-moi une photo de ce que vous avez, même approximative, et je vous dis très vite ce qu’il est possible d’en tirer.
Ce travail s’articule naturellement avec une création de logo et de charte graphique, puisqu’une typographie propriétaire n’a d’intérêt que si le reste de l’identité l’accompagne.