Trois jours. C’est un délai qu’on m’a demandé assez souvent pour que j’en fasse une prestation à part entière. Et à chaque fois, la même réaction en face quand j’annonce que oui, c’est faisable : un léger doute sur le sérieux de l’affaire.
Le doute est sain. Un site bâclé en trois jours, ça existe, et ça se voit. Un site livré en trois jours parce que le périmètre a été verrouillé avant de commencer, c’est autre chose. Voilà où passe la frontière.
Ce qui prend du temps dans un projet web
Contrairement à ce qu’on imagine, le design et l’intégration ne sont pas les postes les plus lourds. Sur un site vitrine classique, ils représentent une part minoritaire du calendrier.
Le temps part ailleurs. Il part dans l’attente des textes, qui arrivent en trois fois et changent encore après.
- Dans la recherche des photos, qui n’existent pas ou qui sont floues
- Dans les allers-retours de validation quand personne n’a été désigné pour trancher
- Dans les accès à l’hébergement, que le prestataire précédent ne retrouve plus…
Un projet de deux mois contient rarement deux mois de travail. Il contient deux ou trois semaines de travail étalées sur deux mois d’attente. Comprimer le délai ne revient donc pas à travailler trois fois plus vite, mais à supprimer les temps morts.
Les conditions qui rendent la chose possible
C’est là que le format devient exigeant, et pas pour le prestataire.
Les contenus doivent être prêts. Pas en cours de rédaction, pas « à peu près finis ». Les textes validés et les images choisies, disponibles au premier jour. C’est de loin la condition la plus difficile à remplir, et celle qui fait échouer la plupart des tentatives.
L’hébergement et le nom de domaine doivent être actifs, avec les accès en main. Que ce soit chez OVH, o2switch ou Gandi n’a pas d’importance, mais réserver un domaine le mardi pour publier le mercredi ne fonctionne pas toujours, entre propagation DNS et délais de validation.
Et il faut être joignable. Pendant ces trois jours, une question sans réponse bloque tout. Ce n’est pas une prestation qu’on commande le lundi pour la récupérer le jeudi sans y penser entre-temps, c’est un travail à deux.
Ce qui n’entre pas dans le périmètre
Autant être clair, parce que c’est là que se logent les malentendus.
Cinq pages maximum. Au-delà, la structure change de nature et la promesse ne tient plus. Pas de boutique en ligne non plus : gérer des paiements sécurisés, des stocks, des transporteurs et des obligations légales demande un tout autre calendrier, et le faire à la va-vite serait irresponsable.
Pas de création d’identité visuelle dans le sprint. Si le logo n’existe pas, il se traite en amont, sur un calendrier séparé. Un logo dessiné entre deux intégrations serait exactement le genre de raccourci que ce format cherche à éviter.
Ce que le site embarque en revanche, c’est un système de gestion de contenu, en général WordPress, pour que vous puissiez corriger une faute ou changer une photo sans dépendre de quiconque. Cette autonomie fait partie du livrable, elle n’est pas une option. Le choix du CMS mérite d’ailleurs une réflexion à part, j’en avais parlé ici.
À qui ça s’adresse vraiment
Le format convient à une situation précise : une activité qui démarre, un appel d’offres qui exige une adresse en ligne, une reprise de fonds, un salon dans quinze jours. Des cas où l’absence de site coûte plus cher que sa perfectibilité.
Il ne convient pas à une entreprise établie qui refond son site principal. Là, le temps passé en réflexion sur l’architecture et les parcours vaut largement son prix, et vouloir gagner trois semaines serait une fausse économie.
Un mot sur ce que devient le site après. Trois jours suffisent à le mettre en ligne, pas à le faire vivre. Les mises à jour, les sauvegardes et les corrections continuent après le sprint, et c’est un sujet à trancher dès le départ plutôt que six mois plus tard, quand une extension obsolète a ouvert une porte.
Le détail de la méthode et des prérequis est sur la page dédiée à l’offre, avec la check-list complète à cocher avant de bloquer les dates.
Un site en trois jours n’est pas un site au rabais. C’est un site dont le périmètre a été décidé avant qu’on commence, au lieu de l’être en cours de route. La plupart des projets qui s’éternisent gagneraient d’ailleurs à s’inspirer de cette discipline, même sur douze semaines.

